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Sophie Moisan et Fred Pellerin au «Vernissement» à St-Élie-de-Caxton
Une journée hors du commun... inoubliable!
Le «vernissement» des tableaux de Sophie Moisan.
Deux poètes ont uni leur vision d’un monde qui jadis passait pour ordinaire et difficile. D’un monde qu’on voulait transformer. Depuis les grottes de Lascaux, les mutants que nous sommes donnent vie à leurs parents, à leurs amis et à leurs animaux familiers. En faire des contes et des légendes remonte à la nuit des temps, mais jongler avec le temps de tant de façons et avec autant de talent mérite un vrai rassemblement, rassemblement auquel l'Académie a participé, un rassemblement qu'on ne voyait qu’aux comparages… disait ma grand-mère.
«Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans pourront enfin connaître eux aussi.» Les jeunes et les moins jeunes prendront un réel plaisir à découvrir, tous ensemble, les 15 tableaux créés par Sophie Moisan. 12 personnages légendaires de Fred Pellerin : Babine, la belle Lurette, la Stroop, le tableau qui a déclenché cette formidable collaboration Moisan-Pellerin.
«La légende voulait que si on la regardait dans les yeux, on pouvait y lire l’heure prévue du grand voyage. Ce pourquoi personne encore n’avait jamais osé lui soutenir l’œil. Parce qu’on avait peur de se reconnaître l’extrémité. Sans doute pour la même raison que les rares photos qui existent d’elle ne la montrent que des pieds aux épaules. Même les tireux de portrait la coupaient au menton, de peur de se voir la lentille écornée.
(Fred Pellerin - Extrait de L’arracheuse de temps, Sarrazine Éditions, 2009)
Toussaint Brodeur, Gélinas, Méo, l'arracheuse de temps, la confesse, la pisseuse, les dames...et plusieurs autres. Des personnages tirés des histoires des «vieux du village», contés par Fred P ellerin et visités, en peinture, par Sophie Moisan.»
«Sophie n'a pas regardé le film «Babine», réalisé par Luc Picard dès sa sortie, ce n'était pas par manque d'envie, elle a pourtant pris son mal en patience, elle voulait mettre la touche finale à son dernier tableau avant de regarder le film. Sophie Moisan a relevé un grand défi en peinture et son interprétation des personnages et des contes et légendes de Fred Pellerin vaut le déplacement. Le «vernissement» a eu lieu et les tableaux habitent le presbytère de Saint-Élie, juste à côté du cimetière, pour la saison estivale, jusqu'en octobre.
Un vernissement haut en couleur
C'est avec entrain et humour que Monsieur le maire, André Garant, a invité «La tribu Moisan» à emménager à Saint-Élie-de-Caxton, pays des lutins et des "paparmanes", niché dans un petit village entouré de lacs et de rivières. M. Garant est un homme dynamique qui a réellement à coeur la réussite du projet Caxton, à l'écouter parler avec autant de détermination, d'humour et de conviction, on ne peut en douter un seul instant. Il invite tout le monde à séjourner dans son village si particulier.
«J'pensais jamais qu'on aurait quelqu'un comme d'même à Saint-Élie un jour...sur le perron du presbytère quelqu'un de l'Académie Internationale des Beaux-Arts du Québec. Faut dire que tout ça... ça part au début du jasage ça caille à chauffage au garage chez Léo ou d'un stallage au bureau d e poste, c'est comme ça qu'avec les placotages, y' a des légendes qui se construisent dans l'village, puis qu'aujourd'hui y'a l'Académie... Je vous présente Louis Bruens. Y' arrive presque pour nous de Belgique.» (rires)
Puis Louis Bruens a pris la parole avec son sérieux notoire :
«Bonjour mesdames, bonjour mesdemoiselles, bonjour messieurs... et bonjour les autres !
On peut dire que l'Académie n'était pas en reste avec l'humour de son président. C'est sur un ton plus sérieux, pour quelques minutes, qu'il a reconnu le talent de Sophie Moisan, soulignant que l'artiste a remporté le Prix Découverte cette année, au Musée des beaux-arts de Montréal, au gala ACADEMIA XXI.
«L'art de conter en couleurs ce que l'autre poète a décrit... Oui, ce sont bien deux poètes qui sont avec nous ici, et le fait qu'ils se soient rencontrés et qu'ils soient réunis pour travailler ensemble pour faire ce que l'on voit ici aujourd'hui, je trouve cela inimaginable. Les contes sont merveilleusement interprétés et les tableaux sont interprétés eux aussi à sa façon. Vous avez une chance inouïe ici, d'avoir un ambassadeur comme vous en avez un et nous avons sûrement une future ambassadrice. Je connais maintenant beaucoup mieux Monsieur le maire. Et je dois lui dire, que, à l'Assemblée nationale, ils discutaient sérieusement à déménager l'Assemblée nationale à St-Élie-de-Caxton... pour en faire la Capitale nationale, mais il paraitrait qu'il y a deux à trois petits politiciens qui s'y opposeraient, mais... rien du tout. Ils doivent y réfléchir pendant trois mois.» (Louis Bruens)
Et Fred Pellerin d'ajouter : «Capitale nationale... mais il a hésité, il voulait nous donner métropole, mais y'a des boulevards qu'on a pas à offrir, alors si on est juste la Capitale nationale on va se satisfaire de ça, mais il nous manque un métro. Mais on parle de la bouche de métro à St-Élie, parce que dans la shop à Perreault y'a un grand sous-sol de quarante pieds... On a donc quarante pieds de faites.»
«C'est comme cela qu'elle a pris ses couleurs. Au départ j'ai vu une toile de la chasse-galerie de Sophie, j'ai voulu l'acheter, mais quelqu'un était passé avant moé. On s'est rencontré lors de plusieurs spectacles et à travers les contes et à chaque fois j'ai vu les étapes, j'ai vu construire les tableaux, j'ai vu les croquis, les premières couleurs, ça été magnifique pour moi. Je ne suis pas un grand érudit des arts visuels, mais ça m'intéresse beaucoup de tremper là-dedans, il y a comme une magie dans cet univers-là. Elle est installée, peut-être pas physiquement à St-Élie, mais elle l'est par intérim par l'entremise de ses couleurs. Sophie Moisan qui nous fait le plaisir de s'installer dans ses coups de pinceaux à St-Élie de Caxton jusqu'en octobre.»
Sophie nous a tenu, elle aussi, son petit discours.
«J'avais préparé un beau discours... j'ai oublié ma feuille. Je voudrais remercier Fred, cette rencontre via Internet m'a amené à la réalisation de 15 tableaux. La rencontre avec Fred a été extraordinaire, le résultat est là, une quinzaine de tableaux, dont douze personnages de ses légendes, parce qu'au fur et à mesure que les tableaux avançaient, il était disponible pour répondre à mes questionnements à propos des personnages des légendes. Merci aux caxtoninens. J'aimerais remercier les gens de l'Académie, Caroline et Louis Bruens qui sont ici, qui se sont déplacés spécialement et qui continuent leur travail pour les artistes en arts visuels. Merci à ma famille, mes amis et mon conjoint particulièrement, lui qui s'occupait des bébés que j'entendais pleurer tantôt. Il m'a vraiment encouragé en me disant:
«Écoute Sophie, pousse un peu, prends tes pinceaux... ça va aller loin.»
«Il avait raison, c'est rendu là aujourd'hui. La vie m'a été bénéfique pour m'amuser, ça été un beau cadeau.»
«Là, Caxtoniens, Caxtoniennes, grand St-Élie, ce que tu vois sur les peintures c'est pas tout' vrai. Comme belle Lurette, brailler de même ça s'peut pas, c'est trop, on fait pas ça. On veut pas être obligés de vider la Yamachiche pour vous réhydrater. Donc le premier conseil qui faut suivre, on teste pas ça, hein Fred? On teste pas ça! On teste pas ces affaires, là on y croit. Et moi j'crois qu'ici au Québec, dans chacun des villages, y'a une petite étoile, il faut tous la trouver et la frotter pour laisser sortir le génie, il faut qu'on pousse un peu pour qu'elle brille autour du monde. C'est ce que Fred a fait. Cherchez aussi dans chacun des coins d'où vous venez, y'a une histoire et ça va émerger! C'est comme ça que les régions vont en sortir gagnantes. Aujourd'hui, merci d'être ici. Fred tu m'as donné ton noir et blanc, j'espère que tu vas apprécier ce que j'ai créé en couleurs, tu vois, moi j'y crois. Bienvenue à tous.»
Puis Fred Pellerin a repris la parole pour conclure à sa façon:
«Pour ceux qui auront le temps de se laisser aller là-dedans, c'est une série des personnages principaux de St-Élie de Caxton qui sont enterrés juste ici en arrière et qui se retrouvent aujourd'hui à l'envers du sens et de la logique habituelle sur des tableaux. C'est un pas de plus dans la légende du Picasso, ces personnages là qui ont tous existé réellement.
Le tableau de Toussaint Brodeur a déjà été acheté par Michel Brodeur, si ça va de même, le Caxton va continuer à se nourrir de ses élans créatifs là. Souvent on associe ma face au projet Caxton, mais le projet Caxton, c'est plus que moi, c'est tout le monde du village qui les construit ses légendes-là, ce qui participe à une vie communautaire incroyable à un rajout total du milieu de vie, parce qu'on s'est dit que ça ne se peut pas que les villages meurent, plutot que de chialer qui s'passe rien, c'était une belle défaite de tout organiser. C'est justement ce qu'on veut faire à St-Élie-de-Caxton, on vous remercie d'être là et n'hésitez pas à vous tremper les yeux jusqu'au mois d'octobre, si vous voulez en ramener un bout chez vous, vous avez notre prix au détail. On vous remercie d'être là.»
Le Dr Sirois et son épouse étaient présents et heureux d'assister à l'événement. Le Dr Sirois fait partie des grands événements de Sophie, il l'a mise au monde...Il la connaît donc un peu... Il a été ravi de faire notre connaissance. Il possède plusieurs livres d'ailleurs plusieurs livres de Louis, une rencontre des plus chaleureuse. Les photos d'usage et tout le monde était bien heureux.
Lors de notre visite à St-Élie, nous avons eu la chance de tourner une en trevue avec Sophie Moisan et Fred Pellerin, entrevue animée par Louis Bruens.
Vous pourrez voir d'ici peu, sur le site de l'Académie, cette entrevue vidéo. Nous vous invitons visiter l'exposition dès maintenant. Il faut passer du temps à St-Élie-de-Caxton pour en profiter pleinement.
Nous remercions Diane Forest , maître-académicienne, de son iniative de s'être déplacée pour nous apporter son aide.
Le «vireux de manivelle», Claude Paquette, a aussi été salué par Fred Pellerin en même temps que les visiteurs de Portneuf , de Donacona, de St-Basile et d'ailleurs.
En conclusion, les preuves sont faites, à votre prochaine journée de congé, laissez-vous guider vers St-Élie-de-Caxton, vous pourrez, vous aussi témoigner par la suite de l'importance du rôle de tous les artistes au sein des régions. Ils sont notre fierté, ils représentent notre histoire et sont porteurs de notre avenir.
Caroline Bruens
info@artacademie.com
819-326-9264
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L'ARTISTE ET LE GALERISTE
Il est incontestable que la galerie d’art est d’une réelle nécessité pour la majorité des artistes en arts visuels, et ce, dans tous les pays du monde. Il s’agit, il est vrai, d’un commerce, mais le terme commerce ne doit pas être pris dans un sens péjoratif ou dépréciatif parce qu’il s’agit de vente d’œuvres d’art. Nous entendons souvent le genre de réflexion comme celle-ci : « L’art ne devrait pas être vendu ou commercialisé » ce qui, en d’autres mots veut dire : « le créateur d’œuvres d’art ne devrait pas être payé », mais, comme l’artiste doit, lui aussi, manger quelques fois, c’est l’état qui se verrait dans l’obligation de subvenir aux besoins de l’artiste, si ce dernier est reconnu comme tel. Donc, plus de galeries, plus de commerces d’art et une distribution gratuite de tableaux et de sculptures à tous les peuples de la terre. Voilà, évidemment, le non-sens parfait.
Au sujet des galeries d’art, un problème fait surface… où qu’elles soient. Oui, il s’agit d’un commerce, mais pas d’un commerce comme les autres, pas comme une épicerie ou une quincaillerie, et devenir « galeriste » exige certaines connaissances particulières, que rares sont les marchands qui les possèdent. Et là est la question; remplissent-ils la fonction de représentants, d’agent, d’intermédiaires ou de mandataires? La majorité des propriétaires de galeries n’achètent pas les tableaux ou les sculptures qu’ils exposent, les œuvres sont prises en consignation et les artistes sont payés après la vente, ce qui est devenu au cours des décennies un usage normal, car nul ne peut affirmer que tel tableau ou telle pièce sera vendue. On retrouvera souvent des tableaux qui furent achetés et non vendus dans des salles de vente aux enchères quelques années plus tard « on appelle ces pièces « les fonds de cave ».
En ce qui concerne les mises en consignation, il s’agit d’œuvres d’artistes vivants, car ce qui reste de la production d’artistes de qualité décédés sera naturellement l’objet de convoitise des marchands d’art et sera payé comptant.
Pour en revenir à la fonction de galeriste – terme qui nous est arrivé il y a une trentaine d’années et on ne sait d’où; on les appelait auparavant « marchands de tableaux – étant donné que les œuvres qui leur sont confiées ne sont pas leur propriété, leur fonction devait se définir comme mandataire d’artistes qu’ils acceptent de proposer à leur clientèle. Ce mandat comporte naturellement des responsabilités, dont celles de représenter les artistes auprès du public et auprès des médias, celles de mettre tout en œuvre pour assurer le succès social et économique de leurs mandants : les artistes; et enfin, ils se devraient d’agir en parfaite intégrité et respect envers ces artistes qui leur accordent leur confiance.
Hélas! Ces règles et obligations ne sont pas respectées par tous les marchands d’art. Côté accords financiers, seuls les artistes très demandés, de grande réputation et très sollicités peuvent se permettre de négocier les prix de vente de leurs œuvres et les commissions versées au vendeur, le galeriste. Les artistes plus jeunes sur le marché de l’art vivent souvent d’espoir de voir leur travail accroché aux cimaises de l’une ou de l’autre galerie et doivent le plus souvent se plier aux exigences des galeristes, exigences qui sont quelques fois honteuses. Par exemple, bien que je connaisse des marchands d’art d’une extrême honnêteté, j’en connais aussi d’autres dont la pratique est sans scrupule et révoltante; ils profitent de la jeunesse ou de l’inexpérience d’artistes de la relève en leur proposant 20 ou 25 % du prix de vente de leurs sculptures ou de leurs tableaux en promettant toutefois d’augmenter ce pourcentage au gré des ventes futures. Si, par hasard, aucun tableau n’est vendu au cours d’un ou deux mois, ils se retrouveront rapidement dans l’arrière-boutique nommée couramment : « Back store » et l’artiste attendra, et attendra encore, le coup de fil annonçant la vente d’une de ses œuvres.
L’artiste aussi a ses responsabilités : celles de respecter ses ententes avec les galeristes qui le représentent, c'est-à-dire, créer de bonnes œuvres, ne pas vendre ses pièces en dessous du prix convenu avec les galeristes, ne pas vendre lui-même dans un rayon géographique si cela est convenu avec son mandataire et enfin, être toujours présent lors de vernissages ou d’expositions et enfin, se prêter de bonne grâce à toute action publicitaire entreprise par les galeristes.
La nature du commerce d’art se devrait d’être soumise à une loi commerciale pour l’artiste, pour le galeriste et de protection de l’acheteur par la remise obligatoire de certificats d’authenticité ou d’originalité, portant aussi le prix ou la valeur au marché de l’œuvre vendue, ces certificats seraient émis par le marchand ou par l’artiste.
Le terme original a plusieurs significations; utilisé dans un certificat, il signifie que l’œuvre est unique au monde et donc ne possède aucune copie.
Certains artistes reproduisent quelques fois un tableau particulièrement bien réussi et qui a fait l’objet de beaucoup d’attention de la part des collectionneurs. On peut donc établir un certificat d’AUTHENTICITÉ, puis il est réalisé de la main du même artiste, mais un certificat d’ORIGINALITÉ ne peut être émis, car la pièce en question à des sœurs jumelles identiques.
Les salles de vente aux enchères devraient théoriquement appliquer ces règles aussi.
Enfin, il reste les certificats d’évaluation pour les cas de succession ou de revente.
Tous les certificats ci-dessus devraient porter la photographie de l’œuvre vendue; cette photo doit être imprimée et non agrafée, c’est très facile aujourd’hui avec l’ordinateur et les imprimantes. Ce certificat protège autant les acheteurs que les vendeurs et les compagnies d’assurances. Lorsqu’une photo est agrafée, il est très facile de la remplacer par la photo d’un tableau sans valeur. Un peu plus tard, l’acheteur remet à son assureur son certificat falsifié et quelques mois plus tard Il réclame à la compagnie d’assurance le montant établi sur son certificat, pour cause de vol ou de feu de son tableau, l’original ayant été bien caché. Il s’agit naturellement d’une parfaite escroquerie. Mais, si la destruction du tableau est causée par un feu, il est toujours possible par une analyse de découvrir une partie du tableau.
J’entends déjà quelques voix… hurlantes, pourtant, il s’agit de quelques véritables inconnues du marché de l’art pour de nombreuses personnes.
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L'AQUARELLE LA PEINTURE DE LA LUMIÈRE ! Chronique # 10
L'AQUARELLE LA PEINTURE DE LA LUMIÈRE !
2 è année - Chronique Diane Forest – décembre 2008
L'AQUARELLE : LA PEINTURE DE LA LUMIÈRE
Diane Forest, ac.-c. AIBAQ, SCA, IAF, auteure.
«Meliora cogito» (J’aspire à l’excellence.)
«Drôle de couleur!
On croit la maîtriser qu’immédiatement elle nous échappe.
On croit la voir telle qu’elle est, alors qu’elle est autre
et qu’elle se transforme en un ton que nous n’attendions pas.
A peine en a-t-on convié un certain nombre à venir se poser sur la toile,
qu’aussitôt d’autres apparaissent qui n’étaient pas invitées!
Couleur inattendue, couleur insaisissable, couleur changeante, couleur déroutante
que faut-il faire pour te domestiquer.» Michel Eugène Chevreul (1786-1889.)

SE BÂTIR UNE PALETTE DE «PRO» ET BIEN LA CONNAÎTRE.
Dans un des articles précédents, nous avons appris comment lire une étiquette sur un tube d’aquarelle lors de son achat et avons vu certaines de ces composantes entrant dans la composition de ces couleurs. Il est bien important et très utile de se rappeler que le nom générique de la couleur selon l’index (C.I. ) vu dans la chronique no. 2 de juillet 2007, constitue une référence constante. C’est un outil essentiel du XXIè (21è) et indissociable à la couleur. Nous verrons, dans cette chronique-ci, à mieux établir une bonne palette de base et à mieux en connaître les composantes qui influencent certains de nos choix.
La palette de "PRO" idéale.jpg)
Vous serez déçus d’apprendre qu’il n’y a pas de palette idéale «parfaite». Chaque artiste d’expérience utilise une gamme de couleurs qui lui est très personnelle.
Mise en situation: Voyez comment deux professionnels utilisateurs de la couleur dans leur domaine respectif, avec le lot de bagage et d'expérience qui leur est associé peuvent tenir un discours opposé en parlant d'une même couleur.
Voilà M. Bruens, j'ai une question pour vous; Parlez-moi du bleu extraordinaire qu'utilise le peintre contemporain Charles Carson, ce bleu si sublime qui le caractérise et qui en fait sa signature, je crois personnellement que c'est le bleu cobalt.
— Non, non, c'est le bleu de la Sainte Vierge, répond-t-il.
Je réplique, vous êtes certain que ce n'est pas le bleu cobalt ?
— Bien sûr que non, je dirais même que c'est plutôt le bleu d'azur ou peut-être même le bleu royal , dit-il de façon imperturbable.
À son regard cependant, je vois bien qu'il me taquine.
Michel Eugène Chevreul disait : « La couleur est en nous. » Cette phrase démontre bien la difficulté de s’entendre, d’une personne à l’autre, sur la nature même d’une couleur.
Et bien! depuis les chroniques précédentes nous avons appris le vrai nom des couleurs, nous savons maintenant différencier le nom commercial qui est écrit sur le tube du nom générique de la couleur établi par (The Society of Dyers and Colorists et l'Américan Association of Textile Chemist and Colorist) normalisé sous le CI (Color Index).
M. Bruens et moi, disions vrai, Louis Bruens spécialiste en photographie scientifique parlait avec humour du phénomène de la couleur (physique) lumière qui est le bleu de cobalt et qui porte aussi les autres noms qu'il a mentionné. Et moi, je parlais au sens large du mot pigment (chimie) qui est le (Pb28). Les différences dans notre discussion furent apportées uniquement par les nuances et les teintes diverses que les pigments selon la lumière peuvent nous faire voir. Par contre, je ne sais toujours pas quel bleu utilise Charles Carson.
Donc, à cause d’inévitables écarts d'opinions sur le jugement visuel, en 1931 la C.I.E. (Commission Internationale sur l’Éclairage) publiera d’importantes recherches sur la vision de la couleur, ce qui devient la science de la colorimétrie1 qui, depuis, fixe scientifiquement les paramètres physiques des diverses couleurs. Ces paramètres établissent la première source en importance de référence pour la classification des couleurs. Elle complétera les données fournies par le Color Index. Donc, les pigments de toutes les couleurs projettent leur propre longueur d'onde et leur propre classement physique et chimique.
Ces couleurs qui nous entourent et qui nous influencent ne sont pas une réalité matérielle. Elles sont créées dans le cerveau et non pas dans la matière, mais par elle.
Un peu de théorie
Je précise qu'à cause de ces grands écarts d’opinions sur le jugement visuel, dans le début des années 30, plus précisément en 1931, d’importantes recherches sur la vision de la couleur furent publiées par la C.I.E. « Commission Internationale sur l’Éclairage. ».
Ces spécialistes établiront un tableau normalisé de chaque couleur C.I.E. x,y,z. (Voir image. 1)
Le but était de lier les qualités subjectives d’une couleur de la perception humaine à une mesure objective due à la captation de cette couleur par un appareil qui se nomme un spectrophotomètre2. Les réponses de ces divers modèles colorimétriques sont basées sur les trois couleurs des cônes de notre œil (rouge, vert, bleu). Elle permet d’établir mathématiquement la réponse rétinienne de la couleur à n’importe quel profil spectral mesuré comme longueur d’onde et sera traduite en valeurs numériques objectives. 
Cette science nous la nommerons colorimétrie1.
En 1960, la Commission Internationale de l’Éclairage établira une autre norme celle du modèle « C.I.E. L. u*.v*.» dont le diagramme de couleur est établi sur le phénomène de lumière primaire additive fondamentale3 qui est R.V.B. (rouge, vert, bleu,). Ce nouveau modèle, à cette époque, a été créé par les nouveaux besoins technologiques, comme ce fut le cas pour la télévision et tous les autres appareils couleurs à lumières projetées ou faisceaux lumineux. (Voir image 2)
Ce modèle « C.I.E. L. u*.v*. » de la couleur est nommé «primaire additif fondamental» parce qu’il est la base de toute les ondes de lumières projetées et des trois ondes de la couleur que peuvent recevoir les cônes de nos yeux. Le mélange de ces trois faisceaux lumineux, à puissance égale, projetés recrée la lumière blanche et nous donne les couleurs primaires soustractives réfléchies4.

Puis en 1976, une autre norme celle du modèle «C.I.E. L a*.b*. » qui traite les objets non lumineux comme les textiles, les couleurs couvrantes ou toutes couleurs réfléchis et est présentée sous deux attributs.
1-Le premier étant C.M.J.N. ( cyan, magenta, jaune et noir ) pour l’imprimerie
et défini sur les propriétés transparentes des encres.(Voir image no. 3)
2-Le deuxième T.S.L. (teinte, saturation, luminance) pour toutes les couleurs soustractives réfléchies des couleurs couvrantes. (Voir image no.4)
Ces deux derniers modèles (C.M.J.N. et T.S.L.) sont des attributs qui sont nommés pour les couleurs : matières soustractives réfléchies (ou celles qu'on appelle en peinture primaire, secondaire, tertiaire, etc.) Les couleurs composant ces primaires réfléchies sont le cyan, le magenta, le jaune et elles sont présentées dans un modèle de sphère ou chaque couleur a sa mesure, donc elles ne sont plus représentées dans un modèle triangulaire équidistant. Ces couleurs nous permettent alors de reproduire avec le mélange des pigments ( matière ), le noir ou bien de recréer diverses tonalités selon le degré d'intensité de chacune des couleurs.
Les lettre L a*.b*. suivant le nom «C.I.E. L a*.b*. » désigne:

L. désignant la luminance de 0 à 100.
a*. désigne a- du vert au rouge a+. (vert bleu* versus carmin rouge*)
b*. désigne b- du bleu au jaune b+. (Bleu de cobalt* versus jaune clair*).
(Couleur approximative.) (Voir image 5.)
Grâce à ces dernières recherches nous pouvons maintenant établir les 3 principales composantes d’une couleur; matière, lumière et réflexion pour l'observateur. Les couleurs perçues sont devenues des couleurs mesurées, concrètes, exactes, manipulables que l’on peut communiquer et situer plus facilement. Et ce sera à partir de certaines de leur données que nous établirons notre palette de base et nous serons mieux en mesure de comprendre certaines de nos couleurs. Et par le suite, nous pourrons voir et mieux comprendre ce nouveau système et voir aussi pourquoi le bleu est la complémentaire du jaune.
Ce sont maintenant ces normes qui de nos jours prévalent dans le milieu des industries qui produisent ou fabriquent des produits colorés et qui doivent fournir des couleurs de matériaux uniformes et conformes.
Note; Ce modèle C.I.E. L. a*.b*. (image no.5) est semblable au système que Munsel avait établi, mais avec la précision des données mathématisées.
Photo du solide de Munsel, modèle T.S.L.. (voir image 6)

Confection de notre palette : ce qu'il faut savoir
Oui, pendant les siècles derniers, c’était un must, ces couleurs que nous appelons encore aujourd’hui primaires, elles étaient dans toutes les recettes, dans toutes les écoles. Ces couleurs qui étaient placées à égale distance, pouvant recréer toutes les couleur visibles, sans tenir compte de leur tonalité, de leur matière ou réflexion. Que cette théorie était belle, mais bien loin de la réalité physique et chimique que les sciences d'aujourd'hui nous dévoilent.
Il faut savoir que l’aquarelliste travaille avec quatre éléments, l’eau, les pigments, le papier et la réflexion (ondes de la couleur reçus par l’œil).
Primo, il faut se rappeler que le papier blanc réfléchit le mélange des trois ondes de la lumière en parts égales recréant ainsi le blanc par soustraction et donnant l’effet d'une grande luminosité (la couleur blanc) et jouera un rôle très important selon l’ajout du ou des mélanges de pigments.
Secundo, un mélange de deux pigments conjugue deux phénomènes, il diminue l’intensité du rayonnement et synthétise plusieurs soustractions incluant celle du papier. Ces phénomènes ont une grande importance, car plus ont fait des mélanges, plus les soustractions se cumulent et plus la luminosité décroît, plus la zone spectrale devient réduite, plus elle devient terne, neutre. Elle donne donc une absence de sensation lumineuse.
C'est alors pourquoi les pigments que nous choisissons ou que nous employons doivent nous donner une grande liberté pour recréer l’ensemble des nuances que l’on observe ou que l’on imagine. On ignore généralement le nombre de tonalités qui apparaîtront dans notre tableau. Il nous faut donc une palette qui nous permette de créer tous les mélanges possibles.
Cette palette idéale donnant une grande liberté d’action ne devrait être constituée que de couleurs pures (non obtenues par mélanges) , transparentes ou opaques. Pour chacune de ces couleurs pures, on devrait avoir une version chaude et une autre froide. Le tableau 1 ne contient que des couleurs pures et, parmi ces couleurs, celles que je vous suggère pour une bonne palette de base sont identifiées par la lettre [b] dans le tableau. Parmi ces couleurs, vous constaterez que la plupart d’entre elles sont reconnues comme des couleurs classiques. Quant aux couleurs identifiées dans le tableau par la lettre [a], ce sont celles que la CIELAB a retenues et proposées dans son classement comme primaires soustratives fondamentales.
Une bonne palette de base comprendra... Tableau no.1
Description du tableau.
a : une couleur suggérée par CIELAB pour une palette de base.
b : la palette de base suggérée par Diane Forest.
c : une couleur pouvant compléter la palette de base.
a1 : une seule de ces couleurs primaires est nécessaire.
xx-yy2 : la valeur de cette couleur porte sur le qualificatif
(Ex. : jaune cadmium clair, d’une valeur de 40 et
jaune cadmium foncé d’une valeur de 60 ).
Bleu de Phtalocyanine( BS )3 : Bleu de Phtalocyanine nuance bleu.
Micromètre (mm) : unité de mesure du système international, égale à un millionième de mètre, ou 0.000036 pouces. (Symbole : μm.)
Les mesures et les formes de ces particules sont approximatives et varient considérablement dépendamment de la méthode de préparation de chaque fournisseur.
Le poids et la densité. Les colorants ou pigments ont une densité, qui est le rapport du poids du colorant au volume d’eau qu’ils déplacent en solution. La densité de l’eau est 1,0. La densité d’un objet qui flotte est moins de 1, et les objets lourds ont plus de 1.Cependant même des particules lourdes peuvent demeurer suspendues en raison de bousculades continues des molécules d’eau.
Luminosité (valeur), teinte et saturation des pigments
La luminosité d’un pigment, quel qu’il soit, peut varier du sombre au clair. Elle est déterminée par le pourcentage de lumière réfléchie par le pigment.
La mesure de la luminosité d’un pigment — qu’on appelle aussi sa « valeur » — est établie par CIELAB selon la teinte du pigment (définition du nom de la couleur) et de sa saturation (attribut de la sensation visuelle permettant d’estimer la proportion de couleur dans la sensation totale). C’est à l’aide d’un spectrophotomètre2 qu’on mesure la luminosité d’un pigment. On établit ainsi la teinte et la saturation maximum d’un pigment sur une échelle dont la base est la valeur 0 pour le blanc de titane Pw6 et le sommet environ 80 pour le noir d'Ivoire Pbk9. À chaque couleur ainsi déterminée sur l’échelle s’ajoute la valeur de luminosité du papier qui est de 3 à 7. Je vous vois me faire des grand yeux et bien non c'est bien vrai aucun papier ne peut avoir la prétention de porter la valeur 0.
Ces primaires d'où viennent- t-elles ?
Les primaires sont des concepts pas des modèles réels parfaits. Jamais un pigment ne pourra être une couleur primaire idéale. De même, quoique idéalement on puisse croire que diverses combinaisons de trois primaires pourraient donner toutes les couleurs, jamais cela ne sera possible dans la réalité étant donné la relative imperfection physique et chimique des pigments. Modèle CIE. (Référence image 7.)
Chaude ou froide ces couleurs
Quelles sont les couleurs chaudes ou froides? Cette quetion contient une multitude de réponses, si ont se réfère à l'image no.8 qui est la roue des couleurs, on remarquera que les couleurs à gauche de la ligne de séparation sont froides parce qu'elles contiennent du bleu et les couleurs à droite de cette même ligne sont chaudes parce qu'elles contiennent du rouge. Cette règle devient très variable lorsque nous prenons chaque couleur individuellement. Exemple photo no. 1 Le Jaune Permanent Foncé Py65 de Fragonard est très chaud par rapport au Jaune Permanent Clair Py79 de Fragonard aussi qui nous parrait plus froid. Exemple photo no.2 le Rouge Rubis Pv19 de Horadam Schimcke est plus froid que le le rouge Laque Écarlate Pr188 de Winsor et Newton qui est chaud. Exemple photo no.3 le Bleu de Cobalt Pb28 est plus chaud (malgré que c'est une couleur froide) que le Bleu de Caeruleum Pb35 de Winsor et Newton qui lui est vraiment la couleur la plus froide de la roue des couleurs.

 
Dimension particuliaire des pigments
Il faut se rappeler aussi que les pigments des couleurs à l’aquarelle sont faits de millions de particules (d’où le mot « particulaire ») dont les dimensions varient. Ce sont les dimensions des couleurs (taille et forme) qui donnent à chaque couleur ses caractéristiques propres de transparence, de semi-transparence, ou d’opacité et qui déterminent si elles sont sédimentaires, rébarbatives, granuleuses, ou teintures. Le degré de permanence des couleurs a aussi un lien avec leurs dimensions .Voir chronique no.7 février 2008.
Utilisation et conservation des pigments
 
Or, ces couleurs que nous choisirons avec soin. Combien elles nous deviendront précieuses ! Comment donc les mieux utiliser et les mieux conserver ?
Il serait bien de retenir que de l'utilisation du pigment frais en tube est indiscutable pour nous garantir une plus grande facilité d’application. Par contre, si on travaille avec une palette de plastique du genre Robert E. Wood, il est conseillé de ne mettre qu’une petite quantité de pigments dans la palette que l’on mélangera avec de l’eau distillée ou bouillie, jusqu'à formation d’un mélange plus crémeux et liquide. De cette manière, lorsque le pigment sera sec, il formera un genre de pastille et sera moins dommageable pour vos pinceaux et plus facile d’utilisation. Pour que les pigments gardent leur humidité plus longtemps, vous pouvez les conserver au réfrigérateur. Il est possible que certaines couleurs moisissent comme c’est le cas des organiques naturels ou de certains synthétiques ou ceux possédant de la dextrine ou du sucre dans leur composition. Pour ma part, j'aime bien utiliser une palette à godet, elle est facile d'utilisation et ma peinture est toujours fraîche comme sortie du tube j'évite ainsi le gaspillage.

QUE SAVOIR AUSSI. Je vous invite à suivre les prochaines chroniques et vous verrez bien.
Notes;
no.1 Colorimétrie; Nom féminin; étude scientifique de la classification des couleurs.
no.2 Spectrophotomètre; Nom masculin; Appareil destiné à mesurer des grandeurs énergétiques associées aux spectres.
no.3 Primaire additive fondamentale; Les couleurs sont formées par addition de la lumière projetée. Lorsque l'on projette deux faisceaux de lumière colorante Ex.: un faisceau rouge et un vert sur un fond noir, à l'endroit ou les deux faisceaux se croisent la nouvelle couleur qui apparaitra dans une zone plus claire sera jaune. C'est le résultat de la synthèse additive de la lumière. Il est à retenir que pour ces primaires additives le mélange de deux couleurs donne toujours une couleur plus lumineuse, les trois primaires additives sont rouge, bleu, vert Les trois couleurs additives secondaires sont le cyan, le magenta et le jaune. Le total de l'addition de ces trois primaires additives créera le blanc. Le noir étant l'absence de toutes couleurs.
no.4 Primaire soustractive réfléchi: C'est le principe de composer la couleur par soustraction de la lumière. L'orsque l'on mélange deux couleurs en peinture (pigment) le résultat de la couleur obtenue est la synthèse soustractive. Par contre, le mélange de deux primaires soustractives ne donnera jamais une couleur plus claire comme les primaires additives. Il est aussi bien de remarquer que les primaires soustractives qui sont le cyan, magenta et le jaune sont les couleurs secondaires des additives fondamentale et que les secondaires soustractives sont le bleu, le vert et le rouge et que ses dernières sont les primaires additives fondamentales, donc les couleurs sont inversées. Mais que par contre les couleurs tertiaires seront les mêmes soit en primaires additives que dans les primaisre soustractives, violet, orange, etc ... Dans les primaire soustractives le mélange des trois primaires donnera toujours du noir et il faut se rappeler que le blanc est l'absence de couleurs.
Références photographiques et des images.
Diane Forest: http://www.artacademie.com/main-artistes.cfm?id=116&ttr=0
http://www.realcolorwheel.com/
http://www.profil-couleur.com/ec/101-espace-couleur-generalite.php
http://www.profil-couleur.com/
Caroline Bruens collaboratrice

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