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Fils RSS    [VERSION PDF]      Par Caroline et Louis Bruens | le 2010-06-21

RÉUSSIR... EN ARTS VISUELS

Réussir… en arts visuels.

C’est quoi réussir ? Pour certains, c’est réaliser un rêve, pour d’autres, c’est faire fortune ou mener à bon terme un projet d’envergure, connaître la gloire et la célébrité ou … tout simplement, atteindre une parfaite maîtrise d’un art. Chacun a son rêve.

Quel que soit l’objectif visé, pour toute réussite, il n’existe qu’un seul critère et il est absolu : «le temps». Viennent ensuite seulement, des critères propres à chacun des buts à atteindre et propres à tout être humain.

Au cours de mes cinquante années de carrière, j’ai rencontré de très nombreux artistes-peintres et plusieurs sculpteurs. Certains d’entre-eux ont atteint un succès au-delà de leurs aspirations, la reconnaissance de leurs pairs, la fidélité des galeristes, des collectionneurs et naturellement, l’indépendance financière.

D’autres artistes, bons et parfois excellents créateurs, n’ont cheminé qu’à petits pas et vécu plutôt sobrement. Et enfin, le plus grand nombre, ceux qui, malgré des efforts soutenus, un réel talent et l’absolue confiance de leurs proches, n’ont jamais passé la rampe du succès.  

Pourquoi ces différences ?

Plusieurs causes entrent en jeu. Parmi les êtres humains, plusieurs sont naturellement combatifs et beaucoup d’autres plutôt craintifs. Les premiers tenteront toujours, au cours de leur vie, de s’imposer par tous les moyens à leur disposition, tandis que les seconds craindront immanquablement l’échec et feront du surplace. De tous les artistes, il en est qui ont été élevé par une mère et un père plutôt courageux, au moins extravertis. L’autre partie a reçu une éducation par des parents souvent indifférents, naturellement introvertis, ou très exigeants et autoritaires; dans cette seconde partie, nous retrouvons des artistes irrésolus, insécures, dont les difficultés et les échecs se succéderont.

Le jugement que l’on porte sur l’autre est toujours empreint de l’instant actuel, les jugements diffèrent souvent les lendemains. On ne s’arrête que rarement ou jamais à se demander ce qu’a été l’enfance de l’artiste, dans quel milieu il a vécu et ce qui a bien pu l’amener à fuir littéralement vers les arts plutôt que dans une profession assurément rentable. Voilà une des premières causes qui mène ou non à la réussite. La science nous a appris que le fœtus ressent les émotions de sa mère à partir du troisième mois de la grossesse. Bizarrement, dix, douze ou quinze ans après sa naissance, le caractère de l’enfant éprouvera positivement ou négativement lesdites émotions primaires de sa mère. Une deuxième cause intervient dans le parcours de l’artiste et qui provient des sept premières années de libre expression de sa vie, alors qu’il aimait dessiner, colorier ou manipuler de la terre glaise. Il était alors  félicité par ses éducateurs premiers, ses parents, qui s’extasiaient devant son talent ou l’ignoraient totalement, ne tenant aucun compte de l’imagination de leur progéniture.

Troisième cause : nous entrons à l’école primaire où l’enfant plutôt distrait, griffonne ou laisse glisser son crayon au gré de sa rêverie au lieu de suivre les périodes de français ou de calcul. Il fut un temps, un cours de dessin épargnait une ou deux heures de leçons fastidieuses, surtout pour ceux dont l’hémisphère droit du cerveau était dominant, ils étaient naturellement punis par le maître ou les parents pour avoir été distraits. L’écolier, lui, se demandait vraiment pourquoi il ne pouvait appliquer ce que son cerveau lui dictait.

Et nous arrivons à l’école secondaire ou le même écolier poursuit, avec difficultés quelques fois, ses cours obligatoires. À une certaine époque, se diriger dans une branche de l’art, suffisait à soulever un tollé  général, car devenir «artiste» était pour les parents l’assurance d’une vie ratée, réservée aux paresseux. L’adolescent subissait alors un véritable lavage de cerveau sur les bienfaits de la sécurité que donnaient un «vrai» métier, une «vraie» profession. Le message était clair : «Si tu n’as pas un vrai métier… tu vas crever de faim pour le restant de tes jours». Dans ces conditions, comment ne pas développer de sentiments de culpabilité face à ses impulsions, à ses émotions profondes, face aux seules actions qui procurent aux jeunes une véritable satisfaction. Heureusement, des parents conscients des qualités artistiques de leurs enfants les encourageaient à poursuivre leurs études, tout en les stimulant à pratiquer la forme d’art de leur choix, mais en espérant secrètement qu’ils n’en fassent pas une profession. C’est ainsi que plusieurs artistes après avoir poursuivi leurs études, même jusqu’à l’université, sont revenus sur leurs pas pour s’inscrire dans les meilleures écoles d’art. D’autres ont étoffé leur formation par des stages, des ateliers, des conférences et tous les moyens permettant de se réaliser en qualité d’artiste.

Aujourd’hui, en 2010, nous assistons au décrochage scolaire généralisé dès la troisième secondaire. Il serait tellement facile d’intéresser ces jeunes-là à la pratique d’un art, peinture, sculpture, danse, musique, etc. Une grande partie d’entre-eux poursuivraient le programme scolaire, car, l’amour de la pratique d’un art les encourageraient à demeurer à l’école et à suivre, même faiblement, le programme imposé. Dans l’esprit de l’enfant, il y aurait une raison de rester à l’école. Je doute toutefois que les fonctionnaires et les ministres de l’instruction publique soient aptes à comprendre les phénomènes psychologiques qui pourraient transformer le fonctionnement mental des enfants dont on parle.

On oublie trop souvent que tous les artistes à succès furent à leur début des apprentis et qu’il leur a fallu le fameux «temps» pour atteindre une pratique aisée de leur art.  Au cours des premières expositions d’un jeune artiste, trop de gens lui demandent encore «Et puis, dans quoi tu travailles ?» «À part ça, c’est quoi ton vrai métier ?» «Tu fais quoi dans la vie ?» Quelle incompréhension, quelle ironie.

Je reviens aux artistes qui ne sont pas encore connus ou reconnus. Ici, je vais me répéter, car beaucoup de gens n’ont pas encore compris. Il suffit qu’un jeune chanteur ait l’occasion de se produire avec une bonne «toune» et six mois plus tard tout le monde le connaît, son premier «single» tournera sur toutes les stations, il sera invité à de nombreux programmes de télévisions et son premier CD sera vendu à des dizaines de milliers d’exemplaires. Alors ma question : que doit faire l’artiste-peintre ou le sculpteur pour atteindre un tel succès ? Est-ce possible…. avant sa mort ?

Au Québec, nous avons connu quelques exemples d’artistes-peintres excellemment bien représentés par des marchands de tableaux aguerris. Remarquez que je n’écris pas galeristes, mais bien marchands de tableaux, tels qu’on les nommait il y a soixante ans encore, car, à mes yeux, il y a toute une différence entre ces deux appellations. Combien de tableaux et combien d’expositions un artiste devrait-il réaliser pour atteindre la réussite ? Naturellement, six mois, un an ou deux ans ne seront jamais suffisant. Vingt ans, trente ans peut-être, et à condition que l’artiste en question ne travaille pas en dilettante, ce qui veut dire qu’il doit œuvrer sans discontinuer pour réunir les conditions gagnantes. Ses créations se devront d’être personnelles, mais surtout se démarquer par leur originalité. L’artiste devra développer une touche distinctive et remarquable, il ne devra pas être esclave des techniques mais bien maîtriser les différents médiums, support et outils, à sa disposition, afin de créer des œuvres caractéristiques qui le feront reconnaître; il partagera ainsi sa vision, son monde imaginaire et son émotion.

Devant une œuvre d’art, peu de gens sont conscients du nombre d’années durant lesquelles  l’artiste s’est astreint à perfectionner son art, tout en ayant le souci de vivre et de  nourrir sa famille comme nous le faisons tous. Notre vision de «la vie d’artiste»  nous éloigne de quelques vérités dont nous devrions pourtant toujours avoir conscience : Comme nous, les artistes ont une famille, des obligations de vie, des responsabilités, bref, il doit vivre, manger et soutenir sa famille. Ils sont encore nombreux, à occuper un emploi alimentaire avant de vivre essentiellement de leur production artistique. Après quelques années de pratique, ils devront participer à des expositions, à des concours et, pour se faire mieux connaître, utiliser les moyens modernes de marketing. Étant donné qu’ils ne peuvent généralement présenter plus de deux expositions par année, il est nécessaire que leurs œuvres soient vues par le plus grand nombre, c’est-à-dire par le grand public.

Les œuvres d’art doivent absolument être distribuées et donc être commercialisées. Le terme «commercial» est très mal accepté quand on parle d’art. Pourtant, on ne critique jamais les galeries d’art… qui sont, vouloir ou pas… des compagnies proprement commerciales, même si certaines d’entre elles sont des galeries d’art «sans but lucratif». Ah oui! sans but lucratif? Et les salaires et les subventions ne sont pas questionnables ? Quelle contradiction.

Que dire du vocable «succès commercial» qui d’un coup perd son sens péjoratif, dès qu’un tableau est vendu au prix fort de un, dix ou soixante millions de dollars; soudainement, on ne parle plus de commerces ni d’artistes, mais bien de statistiques, de courbes de croissance, de pronostics, et pourtant, il s’agit souvent d’une œuvre que l’on jugeait sévèrement, que l’on critiquait que l’on ne considérait pas comme une pièce majeure, lors de sa première exposition,  mais plutôt comme une œuvre dite péjorativement commerciale… devenue un beau jour une œuvre d’art sublime permettant de dorer le blason des investisseurs. Quant aux millions ils ne tombent jamais dans les mains du créateur de l’œuvre même s’il sera parfois considéré parmi les grands de ce monde. Un bien bon exemple parmi de centaines d’autres : Vincent Van Gogh.

Dans la chaîne commerciale artistique, c’est immanquablement l’artiste créateur, le premier intervenant et le dernier gagnant. À quand les droits de suite pour les créateurs en arts visuels? Ce qui existe ailleurs, mais pas au Canada.

La vraie réussite

Les artistes-peintres et les sculpteurs doivent s’organiser afin que les marchands, les médias, le public et ses pairs les reconnaissent. Pour ce faire, l’Internet existe heureusement aujourd’hui. Les artistes en arts visuels peuvent enfin, pénétrer eux aussi, dans tous les foyers, comme les télédiffuseurs le font depuis longtemps. Les télédiffuseurs en question utilisent de plus en plus l’Internet, qui apparait de jour en jour comme le moyen ultime et incontournable de diffusion.  Il m’est souvent demandé par des artistes, si, pour se faire mieux connaître, il est nécessaire d’avoir une page dans un magazine spécialisé. Je me dois de leur dire que oui, en effet, ce peut-être important, mais il ne faut oublier que le principe de base de la publicité est la répétition et, comme une page de publicité dans un magazine doit être répétée douze à quinze fois, au minimum, pour entrer un tant soit peu dans le cerveau du lecteur et que le coût d’une page, dans un magazine à faible tirage, par exemple, à savoir une dizaine de milliers d’exemplaires, peut varier de 1500$ à 2000$. L’artiste devra donc investir, de 15 000$ à 50 000$ par année, et à long terme. Je ne connais que très peu d’artistes en arts visuels qui y parviennent.

En conclusion, la réussite d’un artiste en arts visuels dépend du maximum d’œuvres qu’il pourra diffuser sur Internet, ce que nous faisons par le biais de livres d’art, de vidéos et par l’ensemble des activités, événements et Gala réalisés par l’Académie Internationale des Beaux-Arts du Québec. Le nombre de requêtes enregistrées sur le site officiel de l’Académie se compte d’ailleurs mensuellement par plusieurs millions et ce traffic augmente chaque jour.

 


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